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Nommer et classer les médias : les erreurs qui font perdre du temps

Noms ambigus, dossiers qui se multiplient, versions mélangées : Camille Rolland passe en revue les erreurs de classement les plus courantes et les gestes simples pour les éviter.

Camille Rolland

5 min de lecture

Nommer et classer les médias : les erreurs qui font perdre du temps

Un nommage qui ne dit rien à personne

La première erreur que je rencontre chez les stagiaires, c'est le nom de fichier hérité de la caméra. Un fichier appelé C0042 ne dit ni la scène, ni la prise, ni le plan, et il oblige chacun à ouvrir le média pour savoir de quoi il s'agit. Sur un tournage de deux jours, cela passe encore. Sur dix jours avec trois caméras, plus personne ne s'y retrouve, et le monteur perd un temps précieux à chercher ce qu'on lui a livré la veille.

Le remède tient en une convention écrite, courte et partagée avant le premier clap. Elle indique la date, la caméra, la scène et la prise, dans un ordre fixe, avec les mêmes séparateurs partout. Il ne s'agit pas de faire joli : il s'agit que l'assistant du lundi et celle du jeudi nomment de la même manière sans se consulter. Une convention qui tient sur une demi-page est presque toujours mieux appliquée qu'un règlement de trois pages.

  • Choisir un ordre fixe des éléments dans le nom
  • Garder les mêmes séparateurs sur toute la production
  • Écrire la convention avant le tournage, pas après

Les caractères et les formats qui posent problème

Deuxième piège, plus discret : les espaces, les accents et les caractères spéciaux dans les noms. Un fichier qui s'ouvre sans souci sur un poste peut être refusé ou mal lu sur un autre système, surtout quand les médias circulent entre le plateau, un laboratoire et une salle de montage. J'ai vu des liens de médias se rompre uniquement parce qu'un dossier contenait une apostrophe. Ce genre de panne coûte une soirée entière à quelqu'un.

Je recommande donc de rester sur des lettres sans accent, des chiffres et des tirets bas, et de renoncer aux espaces. Pensez aussi à la longueur : des noms interminables deviennent illisibles dans une liste, et certains logiciels les tronquent. Un nom court, régulier, lisible d'un coup d'œil vaut mieux qu'une description complète que personne ne lira. Les détails se notent ailleurs, dans le rapport de rushes.

  • Pas d'espaces, d'accents ni d'apostrophes
  • Privilégier tirets bas et chiffres
  • Limiter la longueur des noms

Une arborescence trop profonde ou trop plate

Autre erreur fréquente : l'arborescence qui part dans l'un des deux excès. Trop plate, elle aligne des centaines de fichiers dans un seul dossier, et l'on fait défiler une liste sans fin. Trop profonde, elle oblige à ouvrir six niveaux avant d'atteindre un plan, et chacun finit par déposer ses médias où il peut, en créant ses propres dossiers de secours qui ne figurent dans aucun schéma.

Je propose de limiter la structure à trois ou quatre niveaux logiques : le jour de tournage, la caméra ou la source, puis la scène. Le reste se règle par le nommage. Dessinez cette structure sur papier avant de la créer, montrez-la à la personne qui montera, et corrigez-la si elle trouve un chemin trop long. Une arborescence se juge à la vitesse à laquelle un nouvel arrivant retrouve un plan donné, sans explication.

Mélanger originaux, copies et versions

La confusion entre originaux et dérivés fait plus de dégâts que n'importe quelle faute de nommage. Quand un fichier retravaillé, une copie de travail et le média d'origine se retrouvent côte à côte sous des noms voisins, quelqu'un finit par monter avec le mauvais. Le défaut ne se voit parfois qu'à l'export, quand il est trop tard pour reprendre calmement.

La règle est simple : les originaux restent intacts, dans un dossier à part, et personne n'y écrit. Les copies de travail, proxys et exports vivent dans leur propre branche, clairement signalée. Si une version change, on l'indique par un numéro dans le nom plutôt que par un mot comme final, qui ne veut plus rien dire dès la deuxième retouche. Cette séparation protège aussi l'équipe lors des sauvegardes, puisque l'on sait immédiatement ce qu'il est impossible de refaire.

  • Originaux en lecture seule, dans un dossier dédié
  • Numéroter les versions plutôt que parler de final

Oublier de transmettre la convention

Enfin, une règle excellente ne sert à rien si elle reste dans la tête de celle qui l'a écrite. Je vois régulièrement des équipes qui ont une bonne méthode mais ne l'ont jamais mise par écrit, ou l'ont envoyée par message à une seule personne. Au premier remplacement ou à la première absence, le système se fissure, et chacun comble les trous avec ses habitudes.

Placez la convention à la racine du projet, dans un fichier lisible sans logiciel particulier, et présentez-la à chaque nouvel arrivant en cinq minutes, exemples à l'appui. Prévoyez aussi un moment de vérification à la fin de chaque journée : un coup d'œil sur les noms reçus suffit à corriger une dérive avant qu'elle ne se propage. C'est ce que nous faisons travailler en exercice, sur des rushes fournis, avec un retour individuel.

  • Fichier de convention à la racine du projet
  • Présentation courte à chaque nouvel arrivant
  • Vérification rapide en fin de journée

Presque toutes ces erreurs viennent du même endroit : une règle qui n'existe pas encore, ou qui n'est connue que d'une personne. Rien ici ne demande d'outil particulier, seulement un peu de méthode posée au bon moment. Écrivez votre convention avant le premier plan, gardez-la courte, faites-la lire, et vérifiez-la en fin de journée. En ces semaines d'automne, c'est un bon moment pour la reprendre sur votre prochain projet.

Écrit par

Camille Rolland

Responsable pédagogique

Ancienne assistante monteuse, Camille conçoit le parcours et accompagne chaque promotion dans ses exercices pratiques.

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