Prise, plan, raccord : les mots du rush expliqués simplement
Julien Kerbrat décrypte trois termes qui reviennent dès le premier visionnage de rushes : la prise, le plan et le défaut courant. Un lexique pour lire le matériel sans hésiter.
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Pourquoi le vocabulaire compte avant tout
Quand je reçois une nouvelle promotion, je remarque toujours le même réflexe : on ouvre les fichiers, on regarde, et on prend des notes avec des mots personnels. Le problème apparaît le jour où le monteur lit ces notes et ne comprend pas ce que « le bon truc du matin » désigne. Un vocabulaire partagé évite ces pertes de temps, surtout quand plusieurs personnes passent sur le même matériel.
Dans cette série consacrée à la lecture des rushes, je m'arrête cette fois sur les termes eux-mêmes. Un mot précis fait gagner une explication entière. Dire « seconde prise du plan 12, micro dans le champ » tient en une ligne et ne laisse aucune ambiguïté à celui qui ouvrira le dossier après vous, parfois plusieurs semaines plus tard.
Le plan : ce que la caméra a cadré
Un plan désigne d'abord un cadrage : large, moyen, gros plan, plan d'ensemble. Mais sur un tournage, le mot sert aussi de numéro dans le découpage prévu. Quand l'assistant annonce « plan 12 », il parle d'une intention de réalisation, pas seulement de la taille de l'image. Cette double signification déroute souvent les débutants, qui mélangent la valeur de cadre et la place dans le découpage.
Pour lire un rush, je conseille de noter les deux informations séparément. D'un côté le numéro de plan tel qu'il figure sur la feuille de tournage, de l'autre la valeur de cadre constatée à l'image. Si les deux ne correspondent pas, c'est déjà une information utile à transmettre au montage, parce qu'elle signale un changement décidé sur le plateau.
- Numéro de plan : renvoie au découpage prévu
- Valeur de cadre : large, moyen, serré
- Mouvement : fixe, panoramique, travelling
La prise : chaque essai a son identité
Une prise est une exécution complète d'un plan, du « action » au « coupez ». Un même plan peut en compter une, trois ou quinze. Chacune est numérotée, et c'est ce numéro, associé à celui du plan, qui permet de retrouver un fichier précis sans le rouvrir. La claquette sert à cela : elle inscrit l'identité de la prise dans l'image et dans le son.
Lors du premier visionnage, l'erreur fréquente consiste à ne regarder que la dernière prise, en supposant qu'elle est la meilleure. Ce n'est pas toujours vrai : l'équipe s'arrête parfois parce qu'une prise convenait, parfois parce que la lumière tombait. Je vous invite à tout parcourir, puis à noter pour chaque prise ce qui la distingue : jeu, rythme, accident technique.
- Numéro de prise visible sur la claquette
- Mention d'une prise « bonne » donnée par le plateau
- Prises incomplètes ou coupées en cours de route
Les défauts courants à reconnaître vite
Un défaut n'est pas forcément une raison d'écarter une prise. Il faut simplement le nommer correctement pour que l'équipe décide en connaissance de cause. Une image légèrement floue, un reflet dans une vitre, un micro qui entre dans le cadre, une lumière qui change au cours du plan : chacun de ces points se note en quelques mots et s'associe à un repère de temps dans le fichier.
Au fil des exercices, je constate que les défauts de son sont les plus oubliés, parce qu'on juge d'abord l'image. Pourtant, un bruit de fond constant ou un souffle de vent peut rendre inutilisable une prise par ailleurs impeccable. Prenez l'habitude d'écouter une fois sans regarder l'écran, juste pour cela. Ce passage supplémentaire change souvent le choix final.
- Flou ou mise au point manquée
- Micro, perche ou ombre dans le cadre
- Bruit de fond, vent, voix qui se chevauchent
Mettre les mots en pratique sur un exemple
Imaginons un plan de deux personnes qui discutent à une table, tourné en quatre prises. Une lecture méthodique donnerait ceci : plan 7, plan moyen fixe. Prise 1, interrompue par un téléphone qui sonne. Prise 2, jeu juste mais reflet sur la fenêtre. Prise 3, complète et propre. Prise 4, variante plus rapide demandée par la réalisation. Quatre lignes suffisent et le monteur sait déjà où aller.
Remarquez que chaque ligne emploie le même ordre : numéro, valeur, observation. Cette régularité compte plus que l'élégance de la formule. Quand tout le monde écrit de la même manière, on repère en un coup d'œil ce qui manque, ce qui diffère, ce qui mérite d'être revu. C'est une discipline modeste, mais elle porte tout le reste du classement.
Garder un lexique commun dans l'équipe
Un vocabulaire n'a de valeur que s'il est partagé. Au début d'un projet, je recommande de poser sur une page les termes retenus et leur sens, y compris ceux qui paraissent évidents. Ce qui est clair pour vous ne l'est pas toujours pour un stagiaire, un chef opérateur ou un monteur arrivé en cours de route. Dix minutes passées à s'accorder évitent des semaines de confusion.
Cette page peut rester très simple : trois ou quatre définitions, un exemple de ligne de note, la manière d'indiquer une prise retenue. Ce qui importe, c'est qu'elle existe et que chacun puisse la consulter. Dans notre parcours, c'est le premier réflexe que nous travaillons avec les participants avant d'aborder les exercices sur les rushes fournis.
Prise, plan, défaut : trois mots qui paraissent simples et qui structurent pourtant toute lecture sérieuse de rushes. Les employer avec précision, dans un ordre constant, rend vos notes lisibles par n'importe quel collègue. En ces semaines d'automne, quand les tournages s'enchaînent, c'est un bon moment pour relire vos propres habitudes et les harmoniser avant que le volume de médias ne vous submerge.
Julien Kerbrat
Formateur en classement de médiasJulien travaille depuis plus de dix ans sur la gestion des rushes en post-production et anime les modules d'organisation.